Grandeur et décadence de Detroit

United Artists Theater (extrait de l'excellent livre "The Ruins of Detroit", par Y.Marchand et R.Meffre)
United Artists Theater (extrait de l'excellent livre "The Ruins of Detroit", par Y.Marchand et R.Meffre)
Detroit (photo CC Flickr/stevec74)
Detroit (photo CC Flickr/stevec74)

La ville de Detroit, dix-huitième ville des États-Unis, s’est déclarée en faillite. Je n’ai ni l’envie, ni les compétences de vous expliquer le pourquoi du comment de cette ahurissante nouvelle, mais je voulais en profiter pour revenir sur l’histoire de cette ville, sur son importance dans la culture US et l’attachement tout particulier qu’ont les Américains pour celle que l’on a longtemps surnommée « Motown ». Une ville fondée par un Français, Antoine de Lamothe-Cadillac – qui donnera son nom à la marque ! – et qui se vouera corps et âme à l’industrie automobile… au point d’en mourir à petit feu.

Detroit est une ville aux multiples visages. En arpentant ses rues bordées d’édifices abandonnés, on croirait que l’ouragan Katrina est venu jusque là. Et pourtant, Detroit a vu émerger des figures aussi diverses que Henry Ford, Berry Gordy, Eminem ou le boxeur Joe Louis. Alors, comment « Motor City » a-t-elle pu en arriver là ?

Pendant la première moitié du XXe siècle, Detroit profite à fond de l’émergence de l’industrie automobile. Ford, Dodge, Chrysler et autres Packard sont fabriquées dans ce qui devient rapidement la capitale mondiale de l’auto. La ville grossit, notamment grâce aux ouvriers afro-américains fuyant le sud ségrégationniste dans l’espoir de trouver du travail et une vie meilleure plus au nord. Il sont recrutés en abondance dans les usines, ce qui crée des tensions raciales. Même pendant la seconde guerre mondiale, alors que Detroit toute entière se consacre à la production d’armements, certains Blancs refusent de travailler aux côtés des Noirs. Des émeutes éclatent en 1943, tuant 34 personnes, dont 25 Noirs.

Detroit vers 1929 (source : Library of Congress)
Detroit vers 1929 (source : Library of Congress)

Dans les années 60, la lutte pour les droits civiques échauffe les esprits. À Detroit peut-être encore plus qu’ailleurs : en juillet 1967, une descente de police un peu trop musclée dans un bar de la 12e rue marque le début de plusieurs jours d’émeutes. Le gouverneur George W. Romney (le père de l’ex candidat républicain Mitt Romney) et le président Lyndon B. Johnson envoient la Garde nationale du Michigan et l’armée rétablir l’ordre dans la ville ! Le bilan sera très lourd : 43 morts, 1 189 blessés, 2 000 bâtiments détruits et plus de 7 200 arrestations. L’Amérique est sous le choc, et l’image de Detroit est durablement écornée.

Les émeutes de 1967 (© Detroit News)
Les émeutes de 1967 (© Detroit News)

L’insécurité grandissante et la démocratisation de l’automobile pousse les classes moyennes et aisées dans les banlieues, laissant le centre-ville de Detroit aux plus pauvres. Pour couronner le tout, les deux chocs pétroliers frappent durement l’industrie locale, qui ne s’en remettra jamais complètement. En 1950, Detroit comptait 1,8 millions d’habitants. Aujourd’hui, à peine plus de 700 000. Un tiers vit sous le seuil de pauvreté, plus de la moitié des propriétaires ne paient plus leurs impôts, et par voie de conséquence la ville est endettée à hauteur de… 18 milliards de dollars !

United Artits Theater (extrait de l'excellent livre "The Ruins of Detroit", par Y.Marchand et R.Meffre)
United Artists Theater (extrait de l’excellent livre « The Ruins of Detroit », par Y.Marchand et R.Meffre)

Detroit a donc toutes les apparences d’un cauchemar à la Gotham City. Et pourtant ! Detroit n’est pas qu’un champ de ruines, c’est aussi une ville d’architecture, de culture (théâtre, musique, cinéma, musées). Une ville qui s’est forgée au cours des luttes syndicales, qui a joué un rôle essentiel pour les Alliés lors de la seconde guerre mondiale, et qui fut le berceau de la musique noire américaine. Côté clair, côté obscur. Une dualité parfaitement transcrite dans cette superbe publicité Chrysler, diffusée lors du Superbowl 2011 (16 millions de vues sur YouTube !) :

A propos Vincent Desmonts 88 Articles
Je suis journaliste automobile depuis plus de quinze ans, et collabore actuellement avec Auto Plus, Motorlegend.com, l'Auto-Journal, Sport Auto Classiques...

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