Pollution : et si on trouvait de vraies solutions ?

Le diesel, c'est fantastique ! (photo CC Flickr/kamienok)
Le diesel, c'est fantastique ! (photo CC Flickr/kamienok)
Le diesel, c'est fantastique ! (photo CC Flickr/kamienok)
Le diesel, c’est fantastique ! (photo CC Flickr/kamienok)

La France est tout juste en train de sortir d’un épisode de pic de pollution qui a fait la une de tous les journaux et été le centre de toutes les discussions. Hasard du calendrier, c’est arrivé pile dans la dernière ligne droite d’élections locales, période propice à tout genre de surenchère et de récupération politique. Ça n’a pas raté, la gauche, la droite et les verts se livrant à un théâtre d’indignation et d’accusations en tous genres. Ce vaudeville a culminé aujourd’hui, avec la ridicule exhumation de la circulation alternée, mesure inventée à la fin du XXe siècle et aujourd’hui totalement anachronique. Mais au final, rien n’a changé. Et si l’on cherchait plutôt de vraies solutions durables ?

Cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit sur ce blog. Mais ce tweet de l’inénarrable Denis Baupin, député de Paris, m’a incité à prendre la plume virtuelle :

 

La « pertinence » de la circulation alternée reste pourtant largement à prouver ! Rappelons que cette mesure remonte aux années 90, époque où les véhicules non catalysés étaient encore très nombreux dans le parc automobile français et où le filtre à particules n’avait pas encore été inventé sur les moteurs diesel. À l’époque, avoir la fameuse « pastille verte » (attribuée uniquement aux voitures catalysées) était d’ailleurs le sésame pour prendre sa voiture en cas de pic de pollution, quelque soit son numéro d’immatriculation.

La Pastille Verte (photo CC Flickr/Leo Reynolds)
La Pastille Verte (photo CC Flickr/Leo Reynolds)

Ce lundi 17 mars 2013, donc, on a ressorti des placards cette mesure appliquée pour la première et seule fois le 1er octobre 1997. Ce jour impair, donc, seules étaient autorisées à rouler les autos dotées de plaques impaires, plus les modèles électriques, hybrides ou fonctionnant au GNV (gaz naturel). C’est ainsi que Monsieur Bidule, propriétaire d’un modèle essence récent répondant aux dernières normes Euro V, a du prendre les transports, car son auto était en plaque paire. À l’inverse, Madame Truc, détentrice d’une voiture diesel de plus de dix ans à l’entretien peu suivi et bien évidemment dénuée de filtre à particules, a pu elle prendre le volant, grâce à son sésame : une plaque impaire ! On le voit, la « pertinence » de la circulation alternée en cas d’alerte pollution aux particules fines saute aux yeux !

D’une manière générale, la logique des politiques menées ces dernières années en matière d’automobile et d’écologie est du même tonneau. Comme ce bonus/malus instauré en 2008, dont le seul critère, l’alpha et l’oméga, est le taux de CO2 émis par kilomètre. Louable pour lutter contre le réchauffement climatique et préserver les ressources pétrolières. Nettement moins bon pour nos bronches, puisque le critère du CO2 favorise le diesel, émetteur de particules, d’oxydes d’azote (NOx) et autres joyeusetés. On a ainsi vu des citadines diesel sans filtre à particules bénéficier de 700 € bonus, afin de remercier son acheteur pour son acte citoyen. On marche sur la tête !

Et en 2014 ? Rien n’a changé : on continue d’utiliser le CO2 comme unique critère pour attribuer le bonus. Heureusement, on peut remercier l’Europe et sa norme Euro V, qui a généralisé le filtre à particules, contribuant ainsi à ménager notre santé. Avec la future norme Euro VI (dès septembre prochain), ce sont les oxydes d’azote qui baisseront fortement, réglant au passage le problème de la pollution automobile.

Les différentes normes Euro pour le diesel. On dit merci qui ?
Les différentes normes Euro pour le diesel. On dit merci qui ?

Reste que si le problème sera résolu sur les modèles neufs, il ne le sera pas pour l’ensemble du parc. En France, ce dernier vieillit, et met donc de plus en plus de temps à se renouveler. On peut y voir l’impact de la crise économique, bien sûr, mais aussi de la répression routière et de la condamnation répétée des méfaits de l’automobile, qui ont conduit à un désenchantement des Français en la matière. La voiture est désormais un outil que l’on garde le plus longtemps possible… en l’entretenant le moins possible. Et l’idiotie totale de la circulation alternée ne va pas changer cette situation, comme on l’a vu.

Alors, que faire ?

  • Encourager l’utilisation des transports en commun ? C’est ce qui a été fait ces derniers jours, avec la gratuité… et des résultats mitigés. Visiblement, l’offre ne satisfait pas : densité insuffisante de banlieue à banlieue, parkings-relais inexistants ou trop petits, pannes et retards de plus en plus fréquents, rames bondées aux heures de pointe… Si bien que l’on en vient à préférer les bouchons, un comble !
Le RER B un jour de grève. Ça fait envie, hein ? (photo CC Flickr/dalbera)
Le RER B un jour de grève. Ça fait envie, hein ? (photo CC Flickr/dalbera)
  • iphone5_wayzup-fdcf018b95b068c1ee2d6a001d2b0b34Favoriser le covoiturage ? Sa formule a trouvé sa clientèle pour des trajets occasionnels longs (le Paris-Lyon hebdomadaire, facile à organiser), elle paraît peu adaptable aux trajets pendulaires quotidiens. Sur les conseils de mon confrère Olivier Razemon, spécialiste des transports, j’ai testé l’appli de covoiturage domicile-travail Wayz-Up. Échec : apparemment, personne n’a les mêmes horaires que moi, qui traverse pourtant des zones denses, autant en population qu’en trafic (Boulogne-Billancourt, périphérique sud). À l’heure des RTT et des plannings élastiques, il est peu probable que mon voisin, si par hasard il travaille le long de mon trajet, ait les mêmes horaires que moi. Et si jamais c’est le cas, que faire quand la traditionnelle réunion de 17 heures s’éternise ? Ou qu’il faut en outre chercher les enfants à l’école ou à la crèche ?
  • Encourager la pratique du vélo ? Franchement, si l’on n’a pas réussi à convaincre les automobilistes de prendre des transports en commun gratuits, je vois mal comment persuader le cadre en costume-cravate ou la working girl en tailleur-pantalon de se mettre au vélo ! De toutes manières, la bicyclette reste un moyen de déplacement sur des distances relativement courtes, or l’automobiliste français effectue en moyenne 34 km par jour. À moins de participer chaque année au Tour de France, ça fait beaucoup de vélo dans une journée !
"34 km à Vélib' par jour, ça use, ça use" (air connu) (photo CC Flickr/papydiesel95)
« 34 km à Vélib’ par jour, ça use, ça use » (air connu) (photo CC Flickr/papydiesel95)
  • Rapprocher les Français de leur lieu de travail ? Alors là, mon vieux, c’est un vaste programme ! À l’heure où les gens rêvent d’un pavillon avec un jardin pour les enfants, que les parisiens intra-muros restent traumatisés par la tour Montparnasse et le quartier du Front de Seine, la densification des villes n’est pas pour tout de suite ! Ce serait pourtant le passage obligé pour que les gens réduisent la distance qui sépare leur habitation de leur bureau.

Bref, le seul levier véritablement efficace contre la pollution est le renouvellement du parc auto. En effet, les 10 % de véhicules les plus anciens représentent à eux seuls 40 % des émissions. C’est sur ces 10 % qu’il faut agir en priorité. D’abord, en ressortant du placard les ZAPA, ou Zones d’action prioritaires pour l’air, dans lesquelles ne seraient autorisées à circuler que les modèles les plus récents (et donc les plus « propres »). Cette mesure, issue du Grenelle II, a été courageusement glissée sous le tapis peu avant les dernières élections présidentielles. On serait bien inspirés d’y repenser, car cela aurait nettement plus de logique que l’idiote circulation alternée.

Un embouteillage à Paris en juin 1970 (photo CC Flickr/Osbornb)
Un embouteillage à Paris en juin 1970 (photo CC Flickr/Osbornb)

Et surtout, il faudrait réformer ce bonus/malus écologique, aussi néfaste pour nos bronches que pour l’industrie automobile. Ne pas le calculer uniquement en fonction du CO2, mais également des particules et des NOx. Et l’étendre aux véhicules d’occasion, afin de toucher également les populations qui n’ont pas les moyens de s’offrir une voiture neuve (rappelons qu’il se vent une auto neuve pour cinq d’occasion).

Alors là, oui, on pourra dire qu’on aura agi dans le bon sens. Tout le reste n’est qu’agitation de vent… et autosatisfaction sur Twitter.

A propos Vincent Desmonts 88 Articles
Je suis journaliste automobile depuis plus de quinze ans, et collabore actuellement avec Auto Plus, Motorlegend.com, l'Auto-Journal, Sport Auto Classiques...

6 Commentaires

  1. Bien vu. J’y ajouterai l’harmonisation de la fiscalité Essence/Gazole. Le cadeau fiscal sur le gazole ne correspond plus à grand-chose, d’autant qu’il serait plus nocif que l’essence nous dit-on… (et il est facile de le détaxer pour certains transports si besoin).

    Compte tenu du parc automobile français, à 70% en véhicules diesel ai-je entendu, une mise à égalité fiscal entre ces carburants étalée sur dix ans ne surprendrait personne, donnant à chacun le temps de changer peu à peu (le parc français se renouvelle tous les 8 ans et demi). Y compris pour les constructeurs et leurs gammes…

    Au passage cela permettrait aussi de prélever une certaine éco-taxe sur le gazole, évitant cette usine à gaz de portiques…

  2. Merci – enfin un commentaire Éclairé 🙂
    les radars, dos d’âne, réductions de vitesse de l’ère précédente ont plus fait pour nous désapprendre l’auto que l’augmentation du pétrole! Elle a pourtant été pendant 1/2 siècle facteur de liberté et de croissance – et en plus la vache à lait des gouvernants ! (TIP+TVA33%)
    Pour finir : entendu sur France Info hier le slogan Delanoë 2001 « un Paris qui respire » !!
    comme l’élargissement des couloirs de bus a accru les embouteillages, il a aussi accru la pollution _ comme le périph à 70 puisqu’on utilise la vitesse inférieure 🙁

  3. Quand on regarde le cycle complet d’une voiture, sa période d’utilisation est-elle vraiment majoritairement polluante ? Forcer le passage a la casse de 10% des vieilles voitures, est ce vraiment bon pour l’environnement ? J’ai comme un très gros doute 😉

  4. Le parc automobile a bon dos. Certes, la vigilance et le respect des automobilistes est encore à revoir, au niveau écologique. Quand nous sachons que la moyenne d’âge des véhicules en France est de 8,5 ans et qu’une bonne partie des utilisateurs ont un entretien plus que préoccupant de leur voiture… Il faudrait tout simplement mettre en place une nouvelle charte d’accès aux centres villes pour les véhicules les moins polluants, non pas pour alléger la circulation, mais tout simplement dan un but de santé publique, même si cela ne réduira que très peu le problème de pollution…

    Puisque l’Europe veut avoir la main mise sur toutes les politiques, pourquoi ne met-elle pas en place des réformes concernant les exploitations et les industries à base de charbon allemandes ? Tout le monde sait que la majeure partie du problème en France, vient de là-bas. Pourtant nos politiques à l’échelle nationale et européenne continuent de se mettre des œillères face aux problèmes et rejettent le tout sur le dos des automobilistes.
    Alexandre

  5. D’abord, je m’excuse par mon pauvre français.Comme il s’agit de polution et pas de l’âge des voitures, je crois que on doit se renforcer l’éfficace des filtres de particules pour les Diesel et pas obliger les persones à acheter une nouvelle voiture…la plus part de la population n’as pas de l’argent sufisant pour « perdre » une voiture quelques fois encore très bonne et être obligée à acheter une nouvelle voiture quand un filtre plus efficace pourrait résoudre le problème par beaucoup moins argent.Il faut combattre la culture du gaspillage, parce que c’est notre argent, très difficile de gagner, que s’en va…

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