Séquence nostalgie : BMW Alpina B10 Biturbo

Alpina B10 Biturbo
Alpina B10 Biturbo
Alpina B10 Biturbo
Alpina B10 Biturbo

Voici une nouvelle série de billets, intitulée Séquence nostalgie, mais que j’aurais aussi bien pu appeler « Madeleines de Proust ». J’y rangerai toutes ces autos qui m’ont fasciné durant mes très jeunes années, stars que j’ai parfois eu l’insigne honneur de rencontrer en vrai. Pour ouvrir cette série en majesté, je vous propose d’évoquer « la mère » de toutes les berlines à hautes performances : la BMW Alpina B10 Biturbo !

Aujourd’hui, les berlines de luxe musclées se comptent sur les doigts des trois mains d’un « liquidateur » de Tchernobyl : Audi RS6, BMW M5, Mercedes E 63 AMG, Maserati Quattroporte, Porsche Panamera, Aston Martin Rapide… Mais à la fin des années 80, la liste est nettement plus réduite : il y a la BMW M5 E34 de 315 ch, qui vient d’être lancée, et… c’est tout ! L’Audi 200 n’est alors qu’une proposition originale dans le haut de gamme, mais pas tout à fait l’équivalent de l’A6 d’aujourd’hui. Quant à la griffe AMG, elle reste encore indépendante de Mercedes. La berline à haute performances 500 E W124 n’arrivera par ailleurs que quelques années plus tard. En héritant du légendaire 6 cylindres en ligne de la M1, la BMW M5 devient donc de facto la référence incontournable dans son segment.

Pendant ce temps-là, à Buchloe, petite bourgade à une demi-heure de route de Munich, Alpina s’active à préparer les BMW engagées en championnat supertourisme allemand. Mais son fondateur, Burkhard Bovensiepen, voit grand : il veut chapeauter sa gamme d’un modèle hors du commun qui puisse asseoir la réputation d’Alpina, déjà reconnu par les autorités allemandes comme un constructeur à part entière depuis 1983. Lui et ses ingénieurs décident de partir de la base de la 535i E34, dotée d’un 6 cylindres en ligne de 3,4 litres. Une berline déjà réputée pour ses performances, avec une puissance de 211 ch et une vitesse maxi de 235 km/h.

Sur ce solide bloc, Alpina greffe deux petits turbocompresseurs Garrett T25 soufflant jusqu’à 0,8 bar. Les deux turbines sont régulées par un système Bosch qui permet même d’ajuster la pression de suralimentation à l’aide d’une molette située sur la console centrale ! Les pistons d’origine sont remplacés par des éléments Mahle renforcés, tout comme les bielles, tandis que les sublimes échappements « spaghetti » proviennent de chez Boysen. En configuration « puissance maxi », le moteur délivre 360 chevaux et 520 Nm de couple. La souplesse du moteur est impressionnante : 80% du couple maxi est disponible entre 2 500 et 5 500 tr/min.

 

 

 

 

Alpina B10 Biturbo

 

 

 

 

Pour tenter de maîtriser ce déferlement de puissance, l’Alpina B10 Biturbo reçoit une boîte Getrag spécifique et un arbre renforcé. Les amortisseurs viennent de chez Bilstein, le freinage est majoré (étriers à 4 pistons à l’avant), et des roues de 17 pouces chaussées de pneus de 265 de large à l’arrière. Point d’ESP à l’époque : la seule assistance électronique est un antipatinage ASC ! Malgré les gros pneus, et grâce au discret kit carrosserie, l’aérodynamique est préservée, avec un Cx de 0,32. L’auto reste par ailleurs remarquablement discrète.

Tous les essayeurs qui ont eu la chance de prendre le volant de cette auto ont souligné sa polyvalence confinant à la schizophrénie. Malgré ses performances hors du commun (290 km/h en vitesse de pointe, 0 à 100 km/h en 5,2 secondes, 0 à 160 km/h en 13,2 secondes), la B10 Biturbo se révèle douce et silencieuse aux allures légales. Le comportement routier est celui d’une GT : prévisible aux limites, avec une once de sous-virage en courbe (trop) rapide, tendance qui peut évidemment être facilement inversée grâce à l’énorme couple disponible.

Pour le regretté pilote et essayeur belge Paul Frère, cela ne faisait pas de doute : la B10 Biturbo était « la meilleure quatre portes du monde. » Au total, 507 personnes partagèrent cette impression et signèrent un bon de commande. L’Alpina B10 Biturbo se retirera à la fin 1993, non sans avoir laissé une empreinte indélébile dans la mémoire des fans.

A propos Vincent Desmonts 88 Articles
Je suis journaliste automobile depuis plus de quinze ans, et collabore actuellement avec Auto Plus, Motorlegend.com, l'Auto-Journal, Sport Auto Classiques...

2 Commentaires

  1. En tant que fan des BMW, je dois dire que les Alpina sont vraiment magique ! Malheureusement je n’est pas eu la chance de vivre à cette époque…
    C’était une bien belle époque, avec aussi les E30…
    Belle article, vivement de nouvelles séquences nostalgiques !

    • C’était plutôt la fin des E30, puisque la E36 a été présentée fin 1990.

      Sinon j’ai eu la chance d’essayer une Alpina actuelle (la B3 S). Cela reste d’excellentes autos, même si elles se font désormais damer le pion par les productions M du strict point de vue des performances.

      D’autres séquences nostalgiques sont prévues ! Patience 🙂

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