Chine : la grosse bagnole, c’est dépassé

Dans toutes les sociétés, le marché automobile passe par l’étape du « big is beautiful » : plus c’est gros, plus c’est la classe. En Europe, cette mode est révolue depuis plusieurs décennies : le succès des Mini et autres Audi A1 prouve qu’on ne mesure plus la noblesse d’une auto à sa longueur. Même aux États-Unis, la tendance est au rétrécissement. Seule la Chine résistait encore : dans l’Empire du Milieu, l’automobile restait un vecteur d’affichage du statut social, poussant même les constructeurs à développer des versions spécialement rallongées de leurs modèles. J’utilise l’imparfait à dessein : cette ère semble déjà révolue.

C’est en tous cas ce que l’on peut conclure d’une étude TNS Automotive réalisée en Chine, étude dont mes excellents confrères d’AutoActu.com viennent de révéler le contenu. On y découvre ainsi que si 38% des acheteurs chinois d’automobiles étaient à la recherche d’une auto statutaire en 2003, cette proportion n’était plus que de 10% en 2010. Désormais, ces clients mettent l’accent sur des qualités plus foncières, comme la sécurité, ou sur une différenciation par des modèles tendance et ludiques.

L’autre surprise de cette étude, c’est l’émergence d’une conscience écolo chez les automobilistes Chinois. Ceux résidant dans les grands centres urbains sont ainsi 74% à penser que l’environnement a été « sérieusement détérioré » par le développement industriel incontrôlé. Enfin, quatre consommateurs Chinois sur cinq estiment que les autorités doivent subventionner les véhicules économes en énergie, durcir les normes antipollution et développer les transports publics. On est loin du cliché communément admis d’une société avide de consommer toujours plus…!

Du côté des autorités, on prend le problème écologique très au sérieux. Le gouvernement Chinois a ainsi fixé comme objectif d’avoir un million de véhicules électriques dans les rues à l’horizon 2015… c’est à dire après demain ! Pour favoriser le développement des véhicules propres, une prime incitative de 6 500 € a même été mise en place. Rappelons que chez nous, le bonus écologique le plus généreux n’excède pas 5 000 €… Les constructeurs Chinois proposent déjà une large gamme de véhicules hybrides et électriques, comme on peut le découvrir dans cet autre article d’AutoActu.com.

Que l’on se rassure : la croissance effrénée du parc automobile Chinois ne s’accompagnera donc pas forcément d’un désastre écologique. Les mentalités évoluent aussi rapidement que le marché.

Mise à jour du 26/04 : j’ajoute en complément de cet article une analyse très intéressante d’AutoActu.com (décidément très en pointe sur l’auto en Chine !) : « Le marché automobile chinois pour les grands constructeurs mondiaux : eldorado ou miroir aux alouettes ? ». De quoi battre en brèche bien des idées reçues !

A propos Vincent Desmonts 88 Articles

Je suis journaliste automobile depuis plus de quinze ans, et collabore actuellement avec Auto Plus, Motorlegend.com, l’Auto-Journal, Sport Auto Classiques…

6 Commentaires

  1. Quel rapport entre le 1M de voitures électriques et le développement des véhicules propres ? Surtout dans un pays construisant plusieurs centrales a charbon chaque année ? 😉

    • Salut Charles !

      D’abord, une petite lapalissade : la vraie voiture propre, c’est celle qui n’est pas produite du tout ! 🙂

      Oui mais voilà : on a beau expliquer au 1,3 milliard de Chinois que le vélo c’est top tendance, que même la fine fleur germanopratine n’utilise plus que le bicloune pour ses déplacements quotidiens, les Chinois ne peuvent s’empêcher d’avoir envie d’une voiture. Ils en rêvent, même !

      Pourtant, ceux qui ont eu l’occasion de visiter les grandes villes chinoises savent combien l’air y est déjà irrespirable.

      La voiture électrique est très imparfaite, j’ai déjà évoqué ses faiblesses dans un précédent billet, mais elle permet au moins d’éviter une pollution à la fois diffuse (beaucoup d’émetteurs) et locale (rejets nocifs pour la santé des riverains).

      Dès lors, que faut-il favoriser ? Plusieurs centaines de millions de voitures aux normes antipollution hétéroclite et à l’entretien pas forcément suivi, ou plusieurs centaines de centrales qu’il est plus facile de maîtriser ?

      C’est une question complexe, mais pour laquelle on ne pourra faire l’économie d’une réponse.

  2. A mon premier sejour en chine, ca m’avait surpris: tous les scooters etaient electriques alors que depuis la france, on ne parle que des chinois polueurs. J’attends toujours d’en voir un a Paris…

    La volonte de la chine de developper les voitures electriques n’est pas qu’ecologique. Ils veulent devenir l’acteur majeur dans ce domaine, ayant conscience qu’ils ont rate le coche de la voiture thermique. Ils compte se rattrapper sur l’electrique et devenir les leaders mondiaux. Ils ont d’ailleurs voulu passer une loi recemment qui obligeait les partenaires etrangers a partager la technologie electrique avec eux.

  3. Je viens de mettre à jour l’article en ajoutant un lien vers une analyse que je trouve pertinente de l’avenir du marché auto chinois et des nombreux fantasmes y afférant. Très intéressant !

  4. Vincent,

    juste pour signaler que ton article est cité dans E-chine. Pour être allée aussi en Chine,je suis d’accord avec Bern.

    Ceci dit, dans les grandes villes comme Shanghai, la pollution est telle que si rien ne bouge, l’air sera irrespirable sous peu…Heureusement donc qu’il ya une prise de conscience.

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  1. La Chine vise un million de véhicules électriques d’ici 2015 – via autoactu.com « E-Chine

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