La série limitée, nouvelle martingale des constructeurs

Porsche Boxster S Black Edition
Porsche Boxster S Black Edition
Porsche Boxster S Black Edition
Porsche Boxster S Black Edition

Enzo Ferrari était un visionnaire… notamment sur le plan commercial. Le fieffé piémontais était réputé dire à ses hommes : « Fabriquez toujours une voiture de moins que le nombre que vous savez pouvoir vendre. » Ainsi, les vendeurs Ferrari se retrouvaient-ils toujours en position de force face à un acheteur assoiffé d’exclusivité. Pouvoir sélectionner ses clients, quel luxe ! Aujourd’hui, à l’heure où les constructeurs sont fatigués de se battre à coups de remises, reprises, primes à la casse et autres braderies, les marques semblent se rappeler l’adage d’Enzo Ferrari : nous voici dans l’ère de la pénurie planifiée !

Cette technique de vente resta longtemps réservée à l’automobile d’exception. Dans les années 90, Ferrari se rappela de l’adage du fondateur : alors que la F40, initialement prévue pour une série de 400 exemplaires, fut finalement produite à plus de 1 300 unités pour calmer la folle spéculation des années 88-90, sa remplaçante la F50 n’a existé qu’en… 349 exemplaires. Des voitures vendues à une clientèle de fidèles parmi les fidèles, prête à payer sans renâcler une fortune pour apposer sa signature en bas d’un bon de commande… et plus cher encore pour être parmi les premiers dans la file d’attente.

Ferrari F50
Ferrari F50

La tradition continue aujourd’hui, en particulier chez les constructeurs allemands, passés maîtres dans l’art du « moins y’en a, plus c’est cher ». Porsche n’a ainsi pas hésité à vendre sa 911 Sport Classic (250 exemplaires) quasiment au même prix qu’une Turbo S pourtant 120 chevaux plus puissante et dotée de deux roues motrices supplémentaires. Naturellement, tous les exemplaires se sont envolés comme des petits pains. Chez BMW, les 135 M3 GTS à 138 600 € pièce (soit presque le double d’une M3 normale avec 30 ch en plus mais des équipements en moins) sont elles aussi parties sans problème.

BMW M3 GTS
BMW M3 GTS

Mais aujourd’hui, voilà que même les constructeurs « grand public » s’y mettent ! Pour une certaine clientèle, la personnalisation façon Mini ou Fiat 500 ne suffit plus : il faut maintenant avoir la nouveauté avant tout le monde… quitte à payer un prix déraisonnable. Difficile de savoir qui a démarré le mouvement, mais il faut se rappeler que Peugeot a réservé les 200 premiers exemplaires de son RCZ à une « Limited Edition » affichée au tarif… d’une Audi TT. Certes, pour faire bonne mesure, l’auto était gavée d’équipements, et les heureux (?) propriétaires ont bénéficié d’une livraison en « VIP » sur le circuit du Castellet. Ce n’est pas grand-chose, mais ça fait tourner le commerce. D’ailleurs, 30 000 RCZ ont déjà été produits.

Livraison des Peugeot RCZ Limited Edition au Castellet (avril 2010)
Livraison des Peugeot RCZ Limited Edition au Castellet (avril 2010)

Les cousins de Citroën ont embrayé aussi sec avec la DS3 Racing, version sportive de 200 chevaux affichée au tarif « Mini-esque » de 30 000 €, annoncée à grands coups de porte-voix comme étant une « série limitée à 1 000 exemplaires ». Sous entendu : dépêchez-vous, il n’y en aura pas pour tout le monde. Certes, mais en creusant un peu la question, il s’avère qu’il ne s’agit là que d’une première série, qui sera suivie par une autre… et puis peut-être encore par une autre. Bref, Citroën a inventé la série limitée renouvelable !

Citroën DS3 Racing
Citroën DS3 Racing

Dernier en date à céder à la mode de la série limitée soit-disant exclusive : Opel, avec l’Astra GTC ! Combien de temps la martingale fonctionnera-t-elle ? C’est aux clients d’en décider.

A propos Vincent Desmonts 88 Articles
Je suis journaliste automobile depuis plus de quinze ans, et collabore actuellement avec Auto Plus, Motorlegend.com, l'Auto-Journal, Sport Auto Classiques...

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